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lundi 25 février 2019

IDC #9 Les paroles s'envolent mais sont bien vivantes

Tout est dans le titre

Comme pour les contes écrit ça me la grattait de décrocher de l'écris qui me sied si peu (enfin si il me sied pas mal, mais pas là).
Je m'explique, en tout cas je vais essayer très fort. Ecrire et diffuser cette espèce de journal intime/carnet de voyage m'est précieux mais n'est pas le support qui convient à cet exercice qui était de "témoigner à un instant T de mon parcours de jeune conteur pour que d'autres puissent en profiter plus tard". En effet, (quel mot de liaison imprévisible), écrire c'est déjà figer, archiver, ranger, et ça me dérange, c'est le taff des folkloristes et autres respectables collecteurs. Mais pour quelqu'un qui veut témoigner et surtout conter, tout passe par la voix.
La voix avec ses tremblements qui trahissent une émotion plus sincère
La voix avec ses phrases hésitantes rendant compte d'une pensée qui se construit

Bref (la liaison), j'ai toujours écris comme je pensais, maintenant il est temps que je parle comme je pense. J'annonce donc post achat d'un micro qui grésille moins, la suite de l'itinéraire d'un conteur en devenir sous format audio.

dimanche 3 février 2019

ICD#7 Grand bond en avant


Comment résumer en quelques mots la révélation que j'ai eue sur le conte durant ces dix derniers jours. Soyons bref, pour être un bon conteur, il ne faut pas chercher à être un conteur.

Mais sortons les diapos et faisons z'un peu de rétrospective. J'ai commencé mon apprentissage de cet art qui est le plus beau de tous (avec le métal et le cinéma, restons lucide) en lisant des ouvrages sur le conte. La plupart prônant la pratique du geste, du changement de voix, du bruitage. C'est donc plein d'idées reçues que je débarque à l'atelier du conteur de l'association Rendez vous conte (que je recommande avec tout mon amour), j'offre un conte en gesticulant et me fais entendre dire qu'il faut que je me débarrasse de tous mes « gestes parasites ». Estomaqué, mais reconnaissant, je quitte les lieux plein de questionnements. J'avais pourtant appliqué toutes les recettes en y mettant du cœur et du poumon, alors pourquoi ? Arrive alors une scène ouverte à la bibliothèque associative de Malakoff (tellement recommandable aussi). Sous les projecteurs et l'oeil d'une caméra, je conte Fenrir, la pression me fait sortir du personnage du conteur pour raconter le myhte avec mes mots de tous les jours. Je termine dépité par mon numéro ayant raconté un mythe comme une anecdote de beuverie. Et ça applaudit figurez-toi ! La soirée passe, l'espoir renait et le jour suivant je visite la véritablement extrêmement estimable Catherine Lavelle, conteuse à qui je dois mes premiers cours de contage, bref ma tutricie, mon senseï, mon étoile polaire, non ça n'est pas une déclaration d'amour !
Pour elle, je conte l'histoire du comte de Gombargue. Démonstration qui me fait envisager ma réinsertion professionnelle en tant que bouteille de Chloroforme. À peu près las, mais plus trop là, j'évoque de guerre lasse pourquoi j'ai décidé de me tourner vers le conte. Saperlipatitatatoplete, l'anecdote a plus de succès que le conte ! Je me fais entendre dire que je devrais raconter les histoires comme je raconte mes histoires de vie.

Choc. Stupeur. Tremblement. Grenade aveuglante de la révélation dans les mirettes, je comprends enfin.

Je n'avais jusqu'à présent fait que chercher à imiter l'image fantasmé que je me faisais d'un conteur. Ce qui donna lieu à des représentations très théâtrales, pas toujours exécrables certes, mais bien loin du rôle du conteur. Je cherchais à acquérir une voix sans penser à conter avec la mienne.
Un conteur raconte ce qu'il sait avec ce qu'il est, en cherchant à ressembler à ce que l'on n'est pas, on ennuie.

Après avoir trouvé ma voie il m'a fallu trouver ma voix. C'est qu'il ne fera pas de moi un conteur, mais un conteur unique.

Et puis de toute façon j'ai été très doué pour rentrer dans des petites cases !

lundi 28 janvier 2019

ICD#6 Savoir improviser ou l'histoire de la bougie


Alors que je contais pour mes petits taquins du pivot culturel, on me demande une autre histoire d'hypnotiseur après avoir entendu ma relecture Heavy Métal du siffleur des hautes sphères (variante nordique du joueur de flûte d'Hamelin). Pris au dépourvu n'ayant pas d'autres exercices d'hypnose en stock que le dernier discours présidentiel, je tente d'improviser le bout de récit que voici.

« Madame Arma vit dans la peur. Il faut dire qu'elle a un problème, elle est très riche. Elle a peur qu'on lui vole son beau cheval alors elle le garde à l'intérieur. Elle a peur qu'on lui vole ses beaux tableaux alors elle ferme les volets et vit dans le noir. Elle a peur qu'on lui vole ses beaux bijoux alors elle les portes sur elle, mais pour ne pas les abîmer elle ne se lave pas, l'eau ferait rouiller l'or. Madame Arma ressemble à un véritable mort-vivant, pâle et puante. Son mari la supplie de se soigner. Miraculeusement, un hypnotiseur vient toquer à la porte, c'est un bien bel homme bien habillé qui sort de plus belles phrases encore. Il affirme pouvoir faire disparaître tous les problèmes de Madame Arma, elle n'aura plus jamais peur de perdre ses affaires.
Il sort une gigantesque bougie de son pantalon qu'il allume avant de la poser sous le nez de Madame Arma.
« Fixez la flamme jusqu'à ce que la bougie soit éteinte et alors tous vos problèmes auront disparus. »
Alors Madame Arma commence à regarder la flamme. Envoûtée par la danse de la flamme, elle oublie ses bijoux, ses tableaux et son cheval. Huit heures passent sans que Madame Arma ne quitte la flamme des yeux. Elle ne mange pas, ne dort pas, ne va pas aux toilettes, elle regarde la bougie. Lorsque celle-ci s'éteint, Madame Arma frissonne, elle est nue comme une escalope. Les rideaux sont ouverts, ses tableaux ont disparu. Elle appelle son cheval, mais lui aussi a disparu. Il ne reste qu'une note sur la table : « Tous vos problèmes ont disparu ».

Morale de l'histoire : un conteur doit toujours savoir improviser pour répondre à une demande du public. Et oui, il ne s'agit pas d'un art de la récitation, mais de la relation. Aussi, je déconseillerai à tout conteur d'apprendre une histoire mots par mots et de se laisser surprendre par l'imagination du moment.

À bientôt habile rêveur.

dimanche 20 janvier 2019

ICD #5 Astuces anti-chahuteurs


On les imagine sages et beaux, tout à l'écoute de la parole de velours du conteur qui les emmènes très loin dans des mondes à peine extra-ordinaire, les bambins, les minots, les bouts de chou, les graines d'humain(e), les polissons, les marmots... Les sales chiards
Car il n'y a que dans les films de Jeunet que les enfants restent sagement à l'écoute du conteur. Ces mignonnes petites tumeurs ont un taux de concentration pas toujours élevé et une propension à la provocation qui, elle, stagne dans les hauteurs. Pas tout le temps évidemment, mais le conteur débutant doit être prévenu, l'attention d'un enfant ça se conquiert et durement. Aussi faut-il s'y préparer.
Mais quelle chance, j'ai déjà essuyé les plâtres pour toi et je vais pouvoir te donner quelques astuces pour maintenir l'attention en laisse.

Posons d'abord un contexte.
Imaginons un conteur programmé dans un centre social avec dans sa besace des contes que le cinéma n'a pas encore souillé. Il est fort à parier que le spectacle a été programmé et repose sur le volontariat, mais il est semi-obligatoire pour les habitués du centre. Ce détail n'est pas anodin (comme tous les autres d'ailleurs) car un public qui a payé pour venir sera nécessairement plus attentif, voulant rentabiliser la mise. Doublons la malchance du conteur en faisant de lui le premier à visiter le centre social. Les enfants vont aller au spectacle avec l'a priori suivant : « Je vais devoir écouter un monsieur qui parle pendant une heure comme à l'école et ça me fait... » n'ayant jamais vu de conteurs avant. Ne nous leurrons pas, face à la domination de l'image numérique de notre chère société, le conteur paraît bien soporifique comparé à l'avalanche de vidéos épileptiques ultra montées disponible sur Youtube. Notre conteur se retrouve donc face à un public qu'il va devoir convaincre.

Le contexte est posé, maintenant détaillons quelques stratégies.

1) Être imperturbable face à l'agitation.
Si le public est mal cadré par les animateurs ne vous étonnez pas de voir des lutins s'agiter dans tous les sens. Parfois pour se défouler, parfois pour afficher son ennui, parfois pour perturber le conteur. À titre d'exemple, il m'est déjà arrivé d'avoir un gamin qui est venu se coller à mes genoux en plein récit de sorcière, visiblement en manque d'affection. Même si c'est dure, il ne faut surtout pas interrompre le récit pour faire la police, ce n'est pas le rôle du conteur et ça pénaliserait ceux qui écoute. De plus à force de voir que le conteur tient le récit, les fortes têtes s'essouffleront vite. Je ne vais pas t'apprendre qu'ils entreprennent toutes ces actions pour êtres vues, donc si on ne les regarde pas...

2) Limiter les participations.
Certes, certes, le conte est un art de la relation, mais comme tout, il faut savoir doser. On pourrait penser face à des agités qu'il faut les faire participer afin de capitaliser sur leur énergie. Alors oui, mais non. Si le public s'endort, pourquoi pas. Mais demander à un enfant de « monter sur scène » alors qu'il est en ébullition, va juste faire monter la température. Le temps du conte n'est pas un temps de jeux, même si celui-ci peut arriver après la séance. Alors oui, on peut haranguer de temps à autre, ne demande pas à un gamin de venir imiter le lion devant ses camarades, ou tu auras un vrai fauve sur les bras.

3) Jouer sur les ruptures.
Ce qu'il y a de géniale avec la surprise, c'est qu'elle permet de saisir un instant de concentration au vol provoquant une douce bulle de silence permettant d'embrayer sur la suite du récit. Seulement toutes les histoires n'offrent pas d'incroyables retournements de situation, alors il faut ménager des ruptures de ton et d'attitude. À titre d'exemple le petit chaperon communiste se ballade dans les bois (ton joyeux et bucolique) et LA, le loup apparaît (rupture puis attitude menaçante). Attention encore, beaucoup de conteurs contestent cet usage et pour cause la rupture nuit à la construction mentale du rêve. Ou plus vulgairement, tu imagines des montages sacrées en écoutant la sonate à la Lune sur ton casque et là BAM au milieu du morceau Kataklysm vient te saturer les oreilles de sa haine de l'élite, ça te ramène immédiatement à la playlist. Donc la rupture, à utiliser pour retrouver l'attention mais à ne pas utiliser pêle-mêle ça perdrait de son efficacité et ça surinne les nerfs.

5) Ménager du suspens
Technique vieille comme le monde qui ne fait que se bonifier avec le temps. Prenez l'air inquiet laissez quelques secondes de silence avant de dire si oui ou non l'ogre trouve la petite fille sous le lit. Bref, créez un phénomène d'attente pour créer de l'attention. Encore une fois, s'il ne semble pas y en avoir d'emblée dans le récit, trouver quelques passages flous du récit pour incorporer du suspens entre les lignes de l'histoire.

6) Baisser la voix
Hurler, c'est récompenser les provocateurs. Un instituteur doit parfois crier pour poser un cadre, ce n'est pas le travail du conteur. En baissant la voix, le conteur oblige l'auditoire à redoubler d'attention, il se fait désirer au lieu de s'imposer. Tu pourrais souffler du nez l'air septique, mais tu serais surpris de l'efficacité de cette méthode.

7) Aimer ce métier
Comme c'est prévisible, mais comme c'est constatable. Quelqu'un qui n'aime pas ce qu'il raconte ennuie nécessairement son auditoire, qui ne s'est jamais endormis devant un prof d'histoire lassé de citer le contexte du couronnement de Napoléon ? Un conteur qui parle avec passion de ses histoires finit toujours par rattraper l'attention du public. Afficher de la lassitude, c'est vider le récit d'émotion et de magie. Vaille que vaille, il faut mener l'histoire à son terme avec le même plaisir. Et si une seule paire d'oreille sur quarante écoute l'histoire jusqu'au bout, ne raconte que pour celle-là et félicite toi de l'avoir fait rêver.




dimanche 13 janvier 2019

ICD #4 Des litres à lire

Salut à toi habile rêveur, si tu es aussi un fidèle lecteur tu sais que j'ai déjà parlé de l'importance d'aller chercher de vieilles histoires dans des livres qui le sont tout autant.
On s'imagine un instant le front plissé du conteur, voyageant entre les pages à la lueur d'une lanterne (le conteur pas le front). Et bien reclasse cette vision parmi les fantasmes, car la pêche aux histoires est bien moins drôlatique qu'on l'imagine.
Le conteur ne lit pas pour le plaisir, mais pour des motifs professionnels. Même s'il n'est pas interdit de prendre du plaisir à la tâche celle-ci peut se montrer bien retors pour différentes raisons.
En voici une liste pas exhaustive.

- Répétition stylistique : certains collecteurs ont repris mots pour mot certaines histoires, on retrouve alors des répétitions de formules efficaces à l'oral, mais éprouvante à la lecture. Un exemple dans un conte irlandais, trois bonhommes se font fossiliser par un géant jaloux, leur arrivé, fuite et fossilisation sont répété mots pour mot... Au début ça va, à la longue...

- Répétition des histoires : et oui, les histoires ont voyagé et tragicologiquement été reprises d'un pays à l'autre. Certains folkloristes prendront le thé chez les anges en s'amusant à comparer les différences culturelles. Mais pour le conteur ça veut dire relire une histoire qu'il a déjà rejeté ou maîtrisé... Au début ça va, à la longue.

- Langue vieillissante : alors oui ça coule de source qu'une vieille histoire soit écrite dans une vieille langue. Mais soyez prévenu, certaines éditions sont surchargés de notes de bas de page et de formules alambiquées, mention donnée à l'Edda dont les notes de bas de pages font un petit 70% de l'ouvrage.

- Langue mal mise à jour à destination du public enfant : extrême inverse bien irritante, lorsque certains contes se font lifter pour être compréhensible pour un jeune public, ce qui donne lieu à la multiplication de jeux de mots un peu gratuit, de tour de phrase un peu simpliste, ou d'aparté un peu gonflant de l'auteur cherchant absolument à rattacher l'histoire au quotidien du lecteur. Je ne pourrais m'attarder sur ce point sans en faire un mémoire donc abrégeons, mais un conseil, évitez les ouvrages à destination du jeune public.

- Trouver où chercher : rarement convenablement répertoriés dans les bibliothèques, les recueils de contes en rayon conte montrent vite leurs limites, reste la recherche aveugle dans des ouvrages historiques. Bref, pas facile de dépasser le cercle de la littérature grand public.

On pourrait croire à cette liste que la collecte de contes par le livre peu s'avérer frustrante et rarement gratifiante. C'est plus faux que vrai. Car dans cette entreprise, le conteur est un véritable chercheur d'or, il va devoir brasser les courants bien des fois avant de finir par trouver une pépite narrative. Mais lorsqu'il la trouve, il est parcouru d'une douce sensation, là juste dans la moelle épinière, il ne choisit pas l'histoire, l'histoire l'a choisit, et sans lui demander son avis elle va squatter son subconscient. La pépite est en main, reste alors à la travailler pour qu'elle devienne un bijou véritable.

Mais on y reviendra une fois.

Quel teasing !

lundi 7 janvier 2019

ICD #3 Premier principe du conteur


Pour ne pas laisser mon esprit de jeune conteur se faire la malle dans quelques terres lointaines, je l'ai cadré de divers principes. Le premier : ne jamais conter une histoire que j'ai entendue de la bouche d'un autre conteur de son vivant.
Là, c'est le moment où tu te demandes : « Mais pourquoi que donc ? »
Et bien jeune freluquet(te) pour te répondre, il va me falloir te présenter le second rôle d'un conteur à savoir celui de faire vivre des histoires. Car les histoires naissent, vivent et meurent, ou plutôt tombent dans l'oubli, en les contant le conteur est content car il sait que ces histoires vont vivre dans la mémoire de celui qui l'a entendu. Pertinent comme tu l'es, tu me diras « Mais petit sot d'Ilnuaj qu'est ce qui t'empêche de raconter à ton tour cette histoire, cela fera encore plus de gens qui l'auront bien profond dans leur mémoire ».
Précisément vil malpoli
Quand on choisit une histoire à raconter c'est une dizaine d'autres qu'on ne raconte pas et qui risque de disparaître. J'ai précisé au tout début que je ne racontais pas du vivant d'un conteur, car tant qu'il est là il peut conter l'histoire lui-même, mais s'il vient à disparaître, il faudra reprendre le flambeau. En gros, j'ai pas envie de faire de doublons. MAIS SURTOUT, j'ai vraiment envie de faire sortir ces histoires des livres dans lesquelles elles sont enfermées. On pourrait penser (toi surtout) que si une histoire est consignée dans un livre alors elle est sauvée de la disparition et de l'oubli, youpi ! Que nenni, car on peut oublier le livre aussi. Et dans un monde où la production culturelle bat chaque jour son propre record, la disparition de vieux livres poussiéreux contenant des histoires du passé n'est pas un scénario surréaliste. C'est donc la job du conteur que d'aller trouver ces livres avant qu'il ne deviennent des cercueils de papiers pour en extraire les histoires et les faire vivre dans la mémoire dans de gens qui n'iront pas forcément les chercher eux-mêmes.
Sérieusement entre un round sur League of Legend ou une heure dans les archives d'une bibliothèque ne me faites pas croire que la majorité éteindrait son ordi.

Mais en bons bergers revenons à nos moutons noirs, pourquoi je me suis juré de ne pas conter une histoire que j'ai déjà entendu de la bouche d'un conteur ? Déjà pour ne pas jouer les opportunistes et les sales copieurs, mais aussi et surtout parce qu'il y a tant d'histoires à raconter que ce serait gaspillage que de se vampiriser les uns les autres.

« Mais alors si tu contes une histoire, mais que sans le savoir un autre conteur l'a déjà conté ? »

Mmmh ? Pas de bol, je pouvais pas savoir....

À la semaine prochaine avide rêveur !

lundi 17 décembre 2018

ICD #2 Pour adultes seulement

Faisant la roue sur mon chemin faisant, je fus récemment retourné par une réflexion, ou plutôt une question. Je t'ai confié que la définition de la fiction « pour enfant » et du conte « pour enfants » faisait monter mon taux d'acidité, mais paradoxalement, je ne m'étais jamais demandé : mais qu'est-ce que le conte pour adulte ?
Car il existe, c'est certain, preuve en est le 12 décembre 2018 j'assistais à mon premier conte pour adulte, à la bibliothèque associative de Malakoff (Durant laquelle je participât à une scène ouverte avec un petit succès [ça, c'était pour mon orgueil] ). Et ces « contes de la méditerranée » furent d'une douceur exquise. Mais qu'est-ce qui faisaient de ce spectacle un spectacle trop « adulte » pour être montré à des enfants ?
La violence ? Niet pas d'arrachage d'organes (à mon grand dépit d'ailleurs)
Le sexe ? Alors oui, mais non, des ventres poussent, des enfants naissent mais au mieux on avait droit à la formule, « les fruits de l'amour on été consommés », ce qui dans le cas d'un prince signifiaient se ballader dans son verger quotidiennement mais je m'égare.
Les propos idéologiques alors ? Nada, même pas une référence à Hitler ou Macron.
Alors quoi bon diable ?
Tout d'abord, je dirais qu'il y a la longueur, quatre contes pour deux heures de contage soient trente minutes pour chaque conte en moyenne. À l'inverse des contes pour enfants dont les histoires ne dépassaient pas dix minutes. Ensuite le choix de certaines formules dont le sous-texte exige une certaine culture générale, contrairement aux spectacles pour enfants les conteurs de ce soir ne se sont jamais arrêté pour expliquer quoique ce soit, ce qui eut aussi pour effet de rendre l'histoire plus fluide. Enfin, le ton global, à aucun moment le public n'a été infantilisé, ee qui d'une tragique logique. Mais à part cela, je ne vois pas de différences notables avec les séances de contes « pour enfants ». Les histoires étaient simples et imagées, les conteurs alternaient narration et incarnation de personnages entretenant une relation avec le public pour le pousser aux rêves. Alors quelles différences entre contes pour enfants et pour adulte ? Honnêtement, à l'exception de la capacité d'écoute de l'auditoire, je n'en trouve aucune.
Ce qui aurait tendance à confirmer ma petite théorie comme quoi la classification de conte pour enfants n'est qu'une étiquette pour inciter à la consommation au même titre que les vignettes « promo » ou « AB ».
Toutefois, une interrogation demeure, celle du registre des histoires. Avant de l'évoquer, je dois te parler du public, n'ayant pas encore la trentaine je fis chuter la moyenne d'âge en parachute, pas un mineur dans la salle n'avaient pointés. Un public d'adulte donc, mais pourtant lors de la scène ouverte aucun pékin ne conta des histoires effrayantes ou au moins violente, alors que paradoxalement les petiots pour qui je conte le samedi au Pivot culturel me demandent toujours des histoires effrayantes. J'ai comme un semblant de théorie qui expliquerait cela. Les enfants veulent se confronter à la peur pour la surpasser, pour montrer qu'ils sont adultes, sinon pour avoir accès à ce que les parents et étiquettes leurs interdisent. Mais une fois arrivés à l'âge adulte, ils sont pris d'instinct nostalgique, regrettant cette époque où ils avaient la capacité de s'émerveiller de tout. On se retrouverait donc avec des enfants qui jouent les adultes et des adultes qui jouent les enfants. Est-ce vrai ? Si oui, est-ce une mauvaise chose ? Si re oui comment faire pour les en sortir ? Trop de questions pour trop peu de réponses... pour l'instant.
Mais fait est que depuis cette extravaguante extraspection m'est venu une problématique à laquelle je chercherai à répondre par la pratique: Comment parvenir à faire du conte pour adulte effrayant ?

lundi 10 décembre 2018

ICD #1 Chérie fais moi peur

Un de mes premiers constats quand j'ai commencé à éponger des recueils de contes « pour enfants » étaient la pas relative absence d'histoires effrayantes. Alors que paradoxalement, de nombreux témoignages de conteurs m'indiquaient que c'est précisément le genre d'histoire qui est le plus demandé par les enfants. Alors pourquoi s'amuse-t-on à vider les recueils de bons gros massacres sanguinolents et autres sifflements de spectres courroucés ? Pour répondre, j'ai suivi la pelle et je suis allé creuser à la recherche de mes propres racines. Quels ont été les histoires qui m'ont le plus marqué quand j'étais enfant ?
Sans conteste des histoires violentes, matures et effrayantes. (avec une mention spéciale pour le dessin animé Code Lyoko).
Et je ne pense pas être le seul.
Et je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. Car cette peur ne m'a pas affaibli, mais renforcé.
La peur est un sentiment qui nous fait perdre notre capacité de réflexion au profit de l'action. Ce qui lorsqu'on est poursuivi par un monstre affreux ou un CRS est utile pour survivre. Mais qui au quotidien empêche de prendre du recul sur la situation. Les personnes qui ont peur sont des personnes dangereuses car elles sont fragiles. Cette peur il faut donc la dompter. Or quelle meilleure arène de dressage que les mondes merveilleux des contes ? Ne cherche pas à répondre, c'était rhétorique. Le conte permet d'expérimenter la peur de la ressentir, d'avoir l'arôme du frisson sans le goût amer de notre propre sang ? Le conte nous permet d'apprendre à connaître nos réactions par rapport à la peur et de les surmonter. Car il s'agit bien de ça, surmonter ses peurs et si on y arrive pas tout seul, il y a toujours le conteur pour nous sortir de ce monde remplit de sales bêtes et de députés. C'est un point sur lequel Michel Hindenoch et Miriame Pellicane se sont rejoins lorsque je les ai interrogé : un conteur est là pour emmener les auditeurs dans un monde et les faire sortir intacts. Ils ont ajouté qu'il n'existe pas d'histoire effrayante, il n'y a que des histoires.
Me vint alors une taquine réflexion. Mais alors pourquoi les nouvelles versions de contes se font ainsi purger de leurs aspects horrifiques et violents ?
Pour protéger les enfants me répondras-tu ?
Comme tu es naïf, c'est si mignon que je serais tenté de te donner une coupelle de lait.
Il s'avère qu'on ne cherche pas à protéger les enfants, mais à rassurer leurs parents. C'est en tout cas ce qu'affirma Valérie Briffod (l'actuelle directrice de la maison du conte) lors de notre entretient. Mais pourquoi me demandera tu encore ? Ce n'est qu'une hypothèse, mais je pense que certains commerciaux ont intérêt à empêcher les enfants de se faire les crocs avec la peur. Car un enfant maintenu dans son liquide amniotique n'est protégé de la peur, la vraie, que durant l'enfance et lorsqu'il sera obligé de faire face à la rudesse du monde, il perdra logiquement ses moyens et regrettera cette période de douceur qu'était son enfance. En d'autres termes, il deviendra nostalgique et fébrile. En d'encore autres termes il sera plus facilement manipulable car plus facilement angoissé. D'ailleurs, c'est moi ou de plus en plus de produits culturel pour les adolescents et jeunes adultes utilise la nostalgie comme argument marketing ? (car oui Star Wars 7 sentait vraiment le réchauffé).
Tu l'auras compris habile rêveur, la peur dans les contes est l'un des piliers de ma réflexion dans mon exploration du conte. En tout cas, je souhaite parvenir à faire frissonner les petites histoires que les médias de masse n'aient plus le monopole de la terreur.

À bientôt habile rêveur.

lundi 3 décembre 2018

Itinéraire d'un conteur en devenir #0

Je m'appelle Julian Delgrange, je suis né il y a vingt-deux ans. Je m'appelle Ilnuaj Draglen je suis né il y a trois mois. Car choisir la voie du conte a été une renaissance.

Ce que tu vas lire est le carnet de bord que je tiendrai durant mon voyage sur ce chemin qui devra faire de moi un conteur. Tout ce que tu y trouveras est vrai sinon sincère ce qui en fera un témoignage puis un testament. Je n'ai aucune prétention, je ne me pose pas comme modèle, je souhaite juste qu'un jour d'autres jeunes conteurs puisse profiter de cette expérience, dans ce qu'elle pourra avoir de tranchant comme de doux. Attention, le style ne correspondra pas aux canons universitaires, je t'écris comme je te parle comme je te pense, ne t'étonne donc pas de voir fleurir les traits et les digressions, j'ai le cerveau en puzzle donc la pensée à fragmentation.
Toi qui vas lire ce bout de vie, je te souhaite d'y retrouver la douceur que j'éprouve en partageant des souvenirs déjà précieux. Et si cela t'endort et bien conseille ce récit à un ami insomniaque !

Pourquoi le conte ?

Car le rêve et que mon talent naturel pour la fainéantise m'a permis de rêver dans les lits, les salles d'attente, les salles de classes, les forêts, les montagnes, les... Plus sérieusement le propre d'une passion est d'être dénuée de passé et de consommer notre présent. J'ai toujours voulu « raconter des histoires », mais j'ai été trompé par un beau parleur : le cinéma. J'ai cru que faire rêver voulait dire faire des films, les écrire. Les années passèrent la passion du conte resta sagement dans l'ombre avant de venir me trouver un beau matin me cognant non sans violence me répétant « Mais tu vas te mettre à conter bordel ! ». Exit les images filmées, bonjour aux images rêvées. C'est peut être ça, j'ai trop rêvé, j'ai la tête qui déborde alors j'ai dû en trouver des autres.

Mais qu'est ce que le conte ?

Fichtre, tu es curieux à double tranchant ! Une bien noble dame m'a dit le premier jour de ma vie d'Ilnuaj « Le conte, c'est un rêve qu'on partage ». Une définition que je respecte autant que celle qui la formula. Et cette noble dame se nomme Catherine Lavelle, c'est la première conteuse que j'ai rencontrée. C'est aussi à elle que je dois mes premières pistes théoriques, telle un aimable chef de gare elle m'aiguillonna vers l'a peine gigantesque Michel Hindenoch. Avant que je commence mon master, j'avais lu (et relu) son ouvrage Conter un art ? Si le conte devait être une religion, cet ouvrage en serait la bible. C'est aussi à Catherine Lavelle que je dois mes premières scènes ouvertes, mais tu devras attendre encore un peu pour que je t'en parle.

À bientôt habile rêveur.